Abbaye de L'Epeau Donzy

Avant propos

 

Dans son histoire du Nivernais, Guy Coquille écrivit en 1590 que la lignée issue du mariage d’Hervé IV, comte de Nevers, baron de Donzy et de Mahaut de Courtenay prospérait encore.

 

Cette descendance continua à se développer et fut prestigieuse : par les Bourbon, dont tous les rois de France après Henri IV furent les descendants des barons de Donzy et par le jeu des alliances, toutes les maisons royales d’Europe : par les Bourgogne, et les impériales d’Autriche et d’Allemagne eurent Hervé IV et la lignée de Donzy dans leur arbre généalogique.

 

L’Histoire de France est fertile en évènements incroyables : qui aurait pu penser que le jeune baron de Donzy deviendrait l’ancêtre du roi Soleil et des Habsbourg.

 

Hervé IV, baron de Donzy et Mahaut de Courtenay avaient un arrière grand-père commun. Ils étaient unis par le mariage tout en restant à un degré prohibé de parenté.

 

Hervé IV s’adresse au souverain Pontife Innocent III pour obtenir une dispense. Le pape le leur accorda contre l’obligation de fonder trois monastères sur leurs terres : ainsi naquirent :

 

L’an 1207 : L’Epeau sur la commune de Donzy

 

L’an 1208 : Bellary sur la commune de Châteauneuf Val de Bargis (ne se visite pas)

 

L’an 1210 : Coches sur la commune de Vielmanay (celle-ci a complètement disparu)

 



Histoire de l’’Abbaye de l’Epeau –Donzy-

 

Ouverture exceptionnelle sur RDV pour groupes après accord des propriétaires)

 

Dès 1207, sur un épaulement dominant la Talvanne (petite rivière de 12.3 km) en un lieu-dit appelé Latrèche, autrefois nommé Balucolis (marais) dépendant de la paroisse Saint Pierre de Bagnaux, commença à s’élever les bâtiments d’une abbaye, maison du Prieur, église et bâtiments des moines.

 

Dans les plus anciens textes, elle figure sous les noms de Monastérium Balicolis, Spallo, Monasterium Espallo avant de s’appeler l’Epeau.

 

Lorsque l’on visite les ruines de ce monastère, on est très étonné par les dimensions de son église :

 

Longueur du vaisseau : 53 mètres

 

Largeur : 10.50 mètres

 

Collatéraux : 5.25 mètres

 

Hauteur sous voûtes : 18 mètres

 

Hauteur de la lanterne : 30 mètres

 

Cette magnifique construction gothique était destinée aux offices des moines, et le fut plus tard, à des cérémonies rassemblant la population de Donzy.

 

L’église de l’Epeau comprenait une nef de six travées bordées de bas-côtés, un transept sur lequel s’ouvraient quatre chapelles couvertes de voûtes d’ogives simples et une abside à pans coupés. Ses chapiteaux avaient la simplicité cistercienne, n’étant ornés que de deux rangs de crochets en forme de bourgeon ou de feuille enroulée.

 

Seul subsiste un clocheton avec une rambarde d’où on s’aperçoit qu’aucun assaillant ne pouvait approcher sans être vu du guetteur.

 

L’abbaye de l’Epeau fut occupée par des religieux de l’ordre du Val des Choux qui venait d’être établi dans le diocèse de Langres, dans la vaste forêt de Villiers le Duc à 16 km de Châtillon sur Seine. Tout en suivant la règle cistercienne, cet ordre adopta plusieurs observances des Chartreux dont ils portaient l’habit notamment le privilège d’élire un général de l’Ordre et les franchises électorales de l’église primitive.

 

Fille du Val des Choux, l’Epeau devint maison mère du Monastère du Révillon, près d’Entrains, de Plain-Marchais, paroisse de Lavau (Yonne) et du prieuré de Beaulieu près de Clamecy.

 

L’Epeau, plus tard, ne dépendit que de Cîteaux.

 

Cette abbaye fut la sépulture de la faille de la Rivière de Couloutre qui fut une de ses grandes bienfaitrices.

 

Dans une chapelle rénovée au XIXe siècle, une dalle portait cette inscription « Cy gist, Jean de la Rivière, fils aîné de Mr de la Rivière, escuyer, qui fut seigneur de la Rivière, Brion et Champlemy, lequel trépassa en 1327 ». Dans une tombe, difficile à lire, repose Pierre de Montreuil, confesseur de Louis XIV.

 

Le premier prieur fut frère Constant, qui reçut en 1209, d’Hervé IV, cent vingt muids (ancienne unité de mesure de capacité pour les liquides, les grains et diverses matières –à Paris, le muid valait 274 litres pour le vin) de vin à prendre tous les ans sur les vignes de Clamecy : ces vignes passèrent dans les mains d’autres propriétaires, mais les religieux conservèrent leurs droits qu’on appelait en ville « le dixième des moines de l’Epeau », cet usage se conserva jusqu’en 1660.

 

Après deux ans d’installation, les ressources insuffisantes du monastère ne permirent pas aux moines de vivre décemment ; ils s’adressèrent donc aux fondateurs de leur couvent. Ceux-ci consentirent des avantages en nature : la propriété des moulins et du poisson de l’étang d’Entrais au lieu de dix muids de blé octroyés au préalable, l’usage des bois de Fléty pour la réparation desdits moulins au lieu d’une rente de 120 livres, vingt muids de vin de Clamecy et la dîme des anguilles pêchées dans l’étang de Donzy.

 

L’Abbaye de l’Epeau fut ravagée une première fois en 1568 pour les 400 reitres du prince allemand Casimir Wolfgang qui rejoignait les troupes protestantes du Limousin. Elle fut pillée en septembre 1569 par les protestants venus de La Charité qui chassèrent les moines et incendièrent l’abbaye.

 

Quoiqu’il fut réparé, ce monastère n’eut plus que des abbés commandataires qui vivant à la Cour, en percevaient les revenus avec une telle rapacité qu’ils ruinèrent cette fondation dont l’activité se poursuivit tant bien que mal jusqu’en 1790.

 

Un des abbés alla jusqu’à vendre les tuiles de l’abbaye, laissant les moines dans le dénuement.

 

L’Epeau fut le but de processions pleines de majesté qui assemblaient le jour des Rogations, l’ensemble de la population de Donzy et des environs. Les jeunes filles suivaient la coutume qui consistait à s’agenouiller sur une certaine dalle appelé « le beau carreau » pour obtenir dans l’année un heureux mariage.